Des aînés évincés de leur logement à Cornwall

03 avril 2023 - 03:32

Lit de camp, logement mal adapté, détresse psychologique; voilà à quoi sont confrontés les résidents du Care Center de Cornwall, après avoir été chassés de leur logement vendredi dernier.

Charles Fontaine

IJL – Réseau.Presse Le Droit

 

«On reste ici, cest notre maison», lance Albert Gallagher, lun des sept résidents qui tiennent à demeurer au The Care Center, un chiffre qui inclut ses propriétaires.

 

Lorsquon entre dans la résidence du 510 rue Second Est, des gardes de sécurité nous attendent de pied ferme. «Pourquoi sont-ils encore ici? En bas de dix personnes, je suis conforme au code dincendie», dit le copropriétaire et administrateur de l’établissement, Dan Orr.

 

«À la suite de plaintes liées à la sécurité-incendie de limmeuble, le SIC a effectué plusieurs inspections et a relevé des violations graves du Code de prévention des incendies de lOntario», mentionne le Service dincendie de Cornwall (SIC).

 

Parmi les 47 résidents, certains ont été envoyés dans des motels, des maisons de retraite ou dautres immeubles résidentiels. «Ils ont trois repas par jour, soit le même service quau Care Center, dit le chef du SIC, Matthew Stephenson. Ils pourront revenir quand la sécurité incendie sera adéquate.»

  

Peur et isolement

 

M. Orr et les résidents restants au centre mentionnent à plusieurs reprises quils forment une grande famille. Une quarantaine de personnes habitent normalement au Care Center.

«Il y a des gens qui mappellent et qui pleurent au téléphone», raconte une des résidentes restantes, Suzanne Villeneuve.

 

«Il y a une dame qui a seulement une jambe, elle se déplace en fauteuil roulant, poursuit-elle. Elle partage sa chambre avec une autre dame qui était départie. Elle ne pouvait pas fermer la porte de la salle de bain parce que la commode la bloquait. Ils ont aussi mis des gens sur des lits de camp. Un des hommes a un problème avec sa jambe. Sil touche le côté du lit, il a une infection et doit aller à lpital. Il dort donc sur une chaise qui est tellement basse que ça lui a pris 15 minutes pour sortir de la chaise.»

 

«Matthew nous a garanti de meilleurs hébergements. Comment cela peut-il être meilleur?», ajoute-t-elle.

 

«Jai un ami en fauteuil roulant qui vit maintenant avec quelquun quil ne connaît pas dans sa chambre, ajoute Albert Gallagher. Il nest pas capable de rentrer dans les toilettes, parce que son fauteuil roulant nentre pas.»

 

M. Stephenson rapporte que la ville travaille à obtenir des lits conventionnels et que ces lits de camp sont temporaires. Il na pas pu confirmer si ces lits sont sécuritaires pour ces personnes.

Albert Gallagher a décidé de rester dans son logement avec sa femme. Ils sont ensemble depuis 40 ans. Ils se protègent lun et lautre. «Ça ne va pas si pire, j’étais stressé pendant un moment. On fait notre possible, on ne mourra pas. On peut se nourrir nous-mêmes, pas comme nos amis qui sont rendus dans des foyers tous démantelés. On est en sécurité ici, on nest pas nerveux. De ma porte en bas, en moins de 200 pieds, je peux sortir facilement sil y a un feu.»

  

«Nous sommes conformes»

 

«Lalarme à feu est défectueuse et les résidents ne peuvent pas évacuer le bâtiment en cas de feu, pointe Matthew Stephenson. Un certain nombre de gens ne sont pas capables de sortir en raison de leur condition physique. Cest un enjeu de vie ou de mort. Cest ce qui nous a poussés à évacuer les résidents.»

 

Le copropriétaire réfute les accusations du chef du SIC. «Lalarme à feu fonctionne. Les sirènes se font aller quand les détecteurs de fumée sont activés. [...] Lors dun exercice d’évacuation, il y a une dame en béquille qui a descendu des escaliers sur ses fesses et elle a réussi à sortir. Les gens en fauteuil roulant sont tous sortis. Je dis aux résidents que sils ne sont pas capables de sortir en cas de feu, ils ne peuvent pas rester ici, parce quon noffre pas ce service.»

 

M. Orr indique que le panneau dalarme incendie du troisième étage ne peut être réparé pour le moment, car il nest plus pris en charge par le fabricant. Il mentionne que la Commission de la sécurité-incendie de lOntario lui a demandé de sentendre avec le SIC. «Je voulais les rencontrer et ils ont refusé. Ensuite, ils ont reporté mon inspection annuelle à plusieurs reprises.»

 

La SIC pointe également labsence de gicleurs dans limmeuble. Le copropriétaire répond quil nest pas obligé den installer. M. Stephenson indique que M. Orr a jusquau 1er septembre pour corriger le système dincendie.

  

Trois dossiers en appel

 

Ce nest pas la première fois que Dan Orr doit faire face aux autorités. Il a été accusé de méfaits en 2021, car il refusait quune dame admise à lpital en raison de la COVID-19 puisse retourner dans son logement. Il exigeait la preuve dun texte négatif avant quelle puisse le faire.

 

«Javais vu la pandémie avant tout le monde, dit M. Orr. Jai fermé mon centre deux semaines avant le confinement, parce que je savais ce qui sen venait et ces personnes âgées sont à risque. Je fais tout pour les protéger et maintenant on maccuse. Une seule personne ici a attrapé le virus et cest parce quelle est allée au restaurant avec dautres personnes qui nhabitent pas ici, cest tout.»

 

Il a passé 27 heures en prison pour cet incident.

 

En 2020, la ville a dû se déplacer au Care Center après que le District de chauffage de Cornwall ait coupé leau chaude. Ces derniers et les propriétaires ne s’étaient pas entendus sur un contrat à long terme.

 

Dan Orr est maintenant en appel pour trois dossiers; la COVID-19, leau chaude et la sécurité-incendie.

 

Crédit photo : Émilie Gougeon-Pelletier, Le Droit